La voix puissante de Hawa Kassé Mady Diabaté est associée au balafon de Lassana Diabaté et au « ngoni » basse de Mamadou Kouyaté. Le groupe apporte une touche contemporaine aux répertoires anciens de la musique mandingue

Au milieu de la scène, se tient la chanteuse Hawa Kassé Mady, vêtue d’une rode bleu-ciel avec des broderies dorées et à la main une castagnette ou yabaran en bamanan, à sa gauche un jeune homme, Mamadou Bassékou Kouyaté, longeline avec des dreadlocks qui tombent sur le front. Il secoue sa tête régulièrement pour dégager une mèche rebelle au rythme de son grand « ngoni » avec trois cordes au son grave. Enfin sur la droite de la cantatrice, le chef du groupe Lassana Diabaté, en basin rouge sang, et debout devant deux balafons aux onze lamelles chacun, ce groupe de musique est le Trio Da Kali.

Lassana Diabaté, son initiateur, est un artiste comblé, ou presque. Ce griot, ayant aussi hérité son instrument a réussi un premier pari : mettre en place un groupe de musique à partir d’un instrument qu’il a hérité. Le Trio Da Kali lui a permis de se produire dans le monde entier, de l’Angleterre à la Nouvelle Zélande en passant par l’Autriche, l’Australie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la France, la Hongrie, l’Italie, le Mexique, la Norvège, la Suède, la Suisse etc… Une performance réalisée en un temps record, c’est-à-dire entre 2013 et 2018.

Pour cette année 2020, Trio Da Kali avait 38 dates de prestation calées à travers l’Europe et l’Amérique, qui ont été reportées à 2021 pour cause de coronavirus. Il s’agit donc sans doute de l’une des représentations de notre culture la plus reconnue et la plus vue à l’extérieur de nos jours.

Quel est le secret de ce « succes story » ? Comment en est-il arrivé là ? Que fait-il pour amener autant les festivals, les salles, les tourneurs, les programmateurs et autres professionnels de la musique du monde entier à s’intéresser autant à Da Kali ? Da Kali signifie la promesse en bamanan. En effet, les griots chantent les louanges des rois, des guerriers, ou de tout autre noble pour les inciter à promettre quelque chose.

L’instrumentation de ce trio de griots maliens emprunte à la grande tradition musicale mandingue. À la voix puissante de Hawa « Kassé Mady » Diabaté sont associés le balafon de Lassana Diabaté et le ngoni basse de Mamadou Kouyaté. Ils visent à apporter une touche contemporaine aux répertoires anciens.

VOIX RICHE ET EXPRESSIVE- Hawa Kassé Mady Diabaté, fille du légendaire chanteur de griot Kassé Mady Diabaté, est le chanteur du Trio. Sa voix riche et expressive et son vibrato naturel ont fait des comparaisons avec Mahalia Jackson, la grande chanteuse évangélique américaine.

Le directeur musical du Trio est le maître balafoniste Lassana Diabaté. Lassana, l’un des musiciens les plus étonnants du Mali, a enregistré et tourné avec de nombreux artistes d’Afrique de l’Ouest, dont l’album Afrocubisme nominé au Grammy Award de Toumani Diabaté et le projet d’Orchestre symétrique. Le plus jeune membre du Trio est le bassiste Mamadou Kouyaté. Toujours au milieu de la vingtaine d’années, le fils aîné du joueur ngoni de renommée mondiale, Bassekou Kouyaté, apporte une touche contemporaine aux traditions qu’il a apprises de son père.

En réalité, l’initiateur et chef du groupe Trio Da Kali qu’est Lassana Diabaté est le premier étonné par son succès. Comment une musique faite seulement d’avec deux instruments de percussion que sont le balafon des griots le ngoniba, le ya bara ou castagnette et la voix peut-il créer un tel engouement, s’interroge notre interlocuteur ? En fait, Lassana Diabaté a réussi à transformer son balafon pour qu’il produise sept notes au lieu de cinq à l’origine.

Il y a ajouté le Fa normal et le Do normal. Mieux, il joue en même temps deux balafons, comme le faisait le célèbre et regretté Kèlètigui Diabaté en son temps. Et contrairement aux habitudes, Lassana Diabaté a très vite compris qu’en caressant les lamelles de l’instrument, au lieu de les percuter, il produit un son très doux à l’oreille. Le son ainsi produit est même comparable à celui de la kora, raconte-t-il avec émerveillement. Quant au ngoniba, il est tout aussi joué de manière à produire un son plus fluide et plus filtré.

Depuis sa formation, Trio Da Kali s’est produit dans certains des lieux les plus prestigieux du monde. Il a fait ses débuts en 2012 au Royal Albert Hall de Londres pour un bal de la BBC, suivi de spectacles plus tard cette année-là avec Toumani Diabaté au Théâtre de la ville de Paris et au Royal Festival Hall dans le cadre du London Jazz Festival.

L’orchestration proposée par Da Kali est donc apparentée au blues et au jazz, expliquent de nombreux fans spectateurs et professionnels de la musique qu’ils ont pu rencontrer à travers le monde. Toute chose qui a séduit la Fondation Aga Khan pour la musique et le Quartet Kronos, célèbre groupe de jazz américain. La fondation a ainsi aidé à la promotion du Trio à travers de grands évènements comme le Festival de jazz de Montreux en Suisse. En 2015, le groupe malien y a fait un tabac. La participation à ce festival suisse, reconnu comme un des plus célèbres en Europe, ouvre inévitablement de nombreuses portes.

COUP DE FOUDRE- Le premier album « Ladilikan », est plus tôt un featuring avec le groupe américain Kronos Quartet. La magnifique voix de Hawa Kassé Mady Diabaté se détache tout doucement. On est transporté dans une fragile petite bulle soutenue par les légères notes des violons du Kronos quartet. Des notes qui se mêlent au son du ngoni de Mamadou Kouyaté et flirtent avec les délicates sonorités du balafon de Lassana Diabaté.

L’album « Ladilikan », c’est l’histoire d’un coup de foudre entre deux groupes. Une rencontre entre la musique traditionnelle mandingue et la musique classique occidentale du Kronos Quartet. Les deux formations musicales ont puisé leur inspiration dans le terroir mandingue. Avec pour défi de revisiter ces classiques sans en perdre l’essence.

À l’instar de Ladilikan, le répertoire de Da Kali est constitué surtout des classiques de la musique manding comme : Kaninba et Sanoudjè de Siramory Diabaté, Miniamba, l’épopée manding ou Soundjata, Titati, interprété notamment par la regrettée Bako Dagnon, Djanfa Magni, Dissa nidjè, entre autres…

Outre les prestations du Trio, Lassana Diabaté est sollicité pour des solos de balafon ou en duo avec l’interprète Hawa Kassé Mady au Canada et au Mexique. Il a déjà produit un album comportant des grands classiques de la musique du Mandé en instrumental. Sa collaboration avec une université du Québec au Canada, depuis trois ans, lui donne l’occasion d’animer des ateliers et des workshops avec les étudiants. Ce qui constitue une autre expérience, source d’enrichissement, admet notre interlocuteur.

Le Trio a pu se produire une fois seulement à Bamako. C’était en 2019 lors de la soirée d’ouverture des Rencontres Africaines de la photo. Les trois membres du Trio Da Kali préparent une sortie à l’Institut français du Mali, avec la possibilité de tourner dans d’autres Instituts français en Afrique. Des discussions sont en cours afin de trouver un quartet à Bamako pour les accompagner.

Le balafoniste prépare un projet qui consistera à former des jeunes maliens non seulement à fabriquer l’instrument, mais aussi à le jouer. Avec l’appui de Aga Khan pour la musique, l’instrumentiste veut contribuer à la sauvegarde et à la valorisation de cet héritage.
Le griot envisage aussi la création d’un orchestre avec d’autres instruments de musique comme la kora, la flûte, le ngoni et autres. Il tient à se servir de ses différentes expériences et collaborations pour montrer une autre facette de la musique du Mandé.

Source: l’Essor


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