Le journaliste, animateur et producteur était une figure du groupe France Médias Monde. Il est décédé à l’âge de 52 ans d’un paludisme foudroyant.

Il était un visage et une voix parmi les plus appréciés des téléspectateurs et auditeurs afro-antillais. Le journaliste, animateur et producteur Amobé Mévégué est décédé à Paris le 8 septembre, victime d’un paludisme foudroyant. Il avait 52 ans.

On ne verra donc plus ce grand costaud souriant au crâne lisse arpenter les couloirs des radios et les plateaux de télé du groupe France Médias Monde, à RFI et France 24, mais également d’autres médias comme TV5 Monde, MCM Africa, France Ô ou la chaîne panafricaine Ubiznewstv-OM5 qu’il avait lui-même fondée.

Né en 1968 à Yaoundé au Cameroun, celui qui se prénomme alors Alain est arrivé en France à l’âge de 5 ans. Etudiant à Paris, en communication et cinéma, il laisse transparaître dès son court-métrage d’études, Tenue correcte exigée (1986), les grands centres d’intérêt de sa vie : cultures africaines, jeunesse, diaspora, mémoire et transmission, toujours abordés avec une touche de décontraction pour ne pas risquer l’ennui.

Sa vie professionnelle débute dès 1987 dans les studios de Tabala FM, première radio africaine établie en France au cœur du quartier parisien de Barbès. Dans le grand mouvement des radios libres qui fleurissent alors en France, Amobé commence à tracer sa ligne : mettre en valeur la créativité africaine et l’inscrire dans l’espace culturel français. Une manière de lutter contre le racisme, en revendiquant avec fierté avoir puisé son inspiration chez ses grands aînés des courants de la négritude ou du panafricanisme, d’Aimé Césaire à Cheikh Anta Diop, en passant par le cinéaste Med Hondo.

Professionnel et engagé

Dès cette époque, il invite à l’antenne tous ceux et celles qui font l’actualité : musiciens, écrivains, comédiens, plasticiens, cinéastes, chorégraphes, stylistes du continent ou de ses diasporas. De nombreux artistes conquis par le professionnalisme et l’engagement de l’animateur noueront alors avec lui des relations solides dans la durée.

De 1994 à 2006, Amobé Mévégué prend les manettes de l’émission « Plein Sud » sur RFI, s’ouvrant ainsi à une très vaste audience francophone. Au fil des émissions (coanimées avec Benson Diakité), il continue à élaborer le puzzle culturel d’un continent dont les talents se déploient jusqu’au Brésil, aux Etats-Unis, aux Antilles…

Ce rendez-vous est aussi dédié à des millions de jeunes Africains assoiffés de visibilité et de reconnaissance. Amobé valorise leurs initiatives sans oublier de « chicotter » au passage les politiques qu’il juge responsables de leurs difficultés.

Passé à la télévision, l’animateur propose de nombreux rendez-vous culturels sur TV5 Monde et France 24 : d’« Acoustic » à « Africanités » en passant par « A l’affiche » ou « 400 millions de critiques ». Il s’investit également dans la communication événementielle, toujours au croisement des mondes du spectacle, du cinéma ou de la mode.

Jamais à court d’idées

Les années 2000 voient s’épanouir l’entrepreneur culturel qu’il est déjà dans l’âme. Il fonde ainsi successivement un magazine papier, Afrobiz, puis la télévision Ubiznews – visible dans quarante pays –, un cocktail d’« infotainment » (information et divertissement). Les locaux de la chaîne, dans le XIIIarrondissement de Paris, deviennent un hub d’accueil de projets en développement ou de lancement d’initiatives diverses.

Le dernier coup d’éclat d’Amobé aura été de mettre sur pied durant la pandémie de Covid-19 un événement en ligne de prestige : le « WAN Show 2.0 » (World Wide Afro Network). Près de 200 personnalités de tous horizons y ont participé : Youssou N’Dour, Chris Martin (Coldplay), Naomi Campbel, Kassav, Angélique Kidjo, Gad Elmaleh, l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings, etc. Soutenu par l’Unesco, le WAN a connu deux éditions, en mai 2020 et 2021, lors de la Journée de l’Afrique.

Jamais à court d’idées, Amobé préparait la production d’un long-métrage et d’une série avec Netflix. Il ambitionnait aussi de créer une banque d’archives visuelles de ce continent auquel il n’a jamais cessé de se sentir intimement relié malgré une vie passée en France – il a d’ailleurs toujours conservé son passeport camerounais. Travailleur, passeur, grand frère populaire et rassembleur, attentif aux créateurs autant qu’aux anonymes du grand public, Amobé Mévégué laisse un vide à la mesure de sa popularité. Celle d’un grand médiateur, au sens propre.

Source: Le Monde


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