Contre toute attente, le rappeur français d’origine guinéo-sénégalaise livre un troisième album, « Mansa ». Un opus méditatif où il revient sur son incarcération.

« Il n’assurera aucune promotion pour la presse », prévient l’équipe d’Universal Music. Son plan de communication, MHD s’en chargera très bien tout seul. Une couronne dorée vissée sur la tête, des baskets aux pieds… Mohamed Sylla, de son vrai nom, a l’apparence d’un empereur des temps modernes, d’un Mansa – en référence au souverain de l’Empire du Mali ayant fait fortune grâce aux réserves d’or au XIVe siècle – comme l’indique le titre de ce troisième album inscrit en lettres capitales auréolées de rayons sur la pochette.

Mais le regard est comme perdu dans l’horizon. L’enfant prodige de l’afro-trap, la silhouette noyée sous son caftan, abattu sur son trône, a aussi des allures de « Penseur ». Cet opus sera celui de la méditation, de la transition, du dilemme aussi. « J’ai brillé trop vite, maintenant ils veulent me nuire. Ça ne m’empêche pas de dormir la nuit », débite-il sur le titre « Elle ». Comment se positionner après ces dernières années passées entre le succès fulgurant – un premier album MHD certifié double disque de platine en France, suivi d’un disque de platine pour 19 – et la chute.

Retour symbolique

Flash-back : janvier 2019, le rappeur alors âgé de 24 ans est mis en examen et placé en détention provisoire pour homicide volontaire à la suite d’une rixe entre bandes rivales de quartiers populaires de Paris ayant entraîné la mort d’un jeune homme. Opération menée de mains de maître, MHD, qui clame toujours son innocence, sort cet album pile un an après sa sortie de prison le 16 juillet 2020. Un retour symbolique, que les fans de la première heure attendaient depuis près de trois ans, pour celui qui annonçait vouloir mettre fin à sa carrière en 2018.

Mais le « ressortissant » du 19e arrondissement de Paris n’est pas près de quitter la « champions league » du rap hexagonal. Il entend bien faire la « resta », même s’il « sor[t] du placard », clame-t-il sur « Illimité ». Et il a bien des raisons de frimer. À peine sorti, Mansa compte déjà un single d’or. Sans surprise, le nouveau volet de sa série à succès « Afro trap (part 11 King Kong) » , cumule plus de 31 millions de streams dans le monde. Le clip, lui, a été visionné près de 29 millions de fois sur YouTube.

Des chiffres records auxquels l’inventeur de ce style mêlant trap et sonorités ouest-africaines nous a habitués. Si ce faiseur de tubes s’offre sur Mansa des collaborations avec des artistes montants – les stars ayant sans doute préféré rester discrètes –, il compte depuis le début de sa carrière des duos de taille allant de Wizkid (« Bella » et ses 144 millions de vues) à Salif Keita, de Fally Ipupa à Angélique Kidjo.

Le petit prince est devenu roi

Passé du statut de prince de l’afro-trap à celui de roi – en témoigne le hashtag #kingofafrotrap qu’il dissémine un peu partout sur son profil Instagram –, MHD continue de surfer sur ses succès, offrant ainsi une bonne poignée de morceaux festifs. « Allez là, c’est la fête, envoie le disque d’or », avance-t-il sur le single « Polopolo » en featuring avec le jeune artiste français Tiakola. Tandis qu’il s’essaie au coupé-décalé sur « Sagacité », un titre en hommage au digne représentant du genre, feu Douk Saga.

« JE DEVAIS REMPLIR MON BERCY, PARDON MAMAN J’AI TOUT GÂCHÉ »

Passé « la moula » et le « merco », le rappeur se montre beaucoup moins crâneur et dresse le bilan sur fond de mea culpa. « Je devais remplir mon Bercy, pardon maman j’ai tout gâché, se lamente-il. Après l’imposant stade Nongo à Conakry en 2017, le festival californien Coachella – rendez-vous musical mondial de référence – ou encore le Zénith deux ans plus tard, Mohamed Sylla passe à côté des quelque 20 000 places que compte l’Accord Arena. À la place, direction la prison parisienne de la Santé, où il semble avoir pris le temps de composer ses morceaux les plus introspectifs.

« Ma seule erreur c’est de faire passer mes potes d’abord », plaide-t-il sur le titre « Beyoncé ». « J’ai fini de jouer, la rue m’a pris dans ses filets […]. J’ai laissé les mauvais souvenirs derrière la porte », admet-t-il encore sur « Elle ». « Je peux pas manquer d’inspiration même bloqué à la Santé », finit-il par lâcher sur son morceau de clôture conçu comme un bouquet final.

Nappes de piano et envolées de violons, MHD livre un morceau-fleuve sobrement intitulé « 9 minutes ». Un inventaire de ses expériences passées, incarcération comprise, écrit au fil de la plume et sur le fil du rasoir. « Cellule 104 écrou 093, lits superposés wallah billay que J’suis pas à l’aise, six ans d’carrière y’a des médias qui savent pas qu’j’suis là / J’suis l’premier d’putain rappeur français à faire Coachella […]. J’écris les larmes aux yeux, j’essaie de vider tout mon chagrin en r’gardant les cieux, mais c’est dur, faites-moi passer un cheu. » Et de conclure, fidèle à lui-même : « J’m’amuse quelques années puis après tu m’verras plus. »

Source: Jeune Afrique

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