• Le grand retour de Toumani Diabaté, splendide soliste

    Auteur : Boubacar Camara | février 23, 2021 | 130 views

Toumani Diabaté s’associe au London Symphony Orchestra pour un projet inédit avec l’album Kôrôlén, mêlant somptueusement kora et musique classique.

« Kôrôlén » signifie « ancestral » en langue mandingue. Ce terme est donc à l’image de cet album, réunissant de manière exquise d’anciennes mélodies chères aux djeli (griots), ainsi que des arrangements conçus pour orchestre symphonique occidental. Un mariage heureux, à en juger par l’écoute de « Haînamady Town » , tout premier extrait qui vient d’être dévoilé. A l’entendre, on entrevoit déjà les milles facettes que le koraïste et le chef d’orchestre Clark Rundell ont pu explorer ensemble sur la scène du Barbican Center de Londres où ce concert, bientôt disponible sur disque, a été donné et enregistré en 2008. C’est sans doute là une des merveilles que Nick Gold, le patron de World circuit, avait gardé jalousement dans ses tiroirs.

Quant à Toumani Diabaté, il n’en est pas à son premier projet hors du commun. Récompensé par un Grammy Award pour sa collaboration avec Ali Farka Toure et Ry Cooder, il a aussi croisé les cordes de sa kora avec l’Américain Taj Mahal, l’Islandaise Björk, le Britannique Damon Albarn ou encore plus récemment avec le Français « M ». Signe que le virtuose est capable de faire briller son instrument en toutes circonstances, nourri qu’il est de la profondeur culturelle ouest-africaine dont la kora est un des emblêmes : « Il y a un côté mystique et classique à la musique mandingue» , explique-t-il en aussi peu de mots qu’il y a beaucoup à dire.

Son objectif ? avec ce projet, dire au public : « Regardez cette musique d’une manière nouvelle, regardez la musique malienne d’une manière différente. » Il ajoute : « Notre musique est plus ancienne que Bach.» Ainsi, jamais une kora n’avait auparavant été un instrument soliste au sein d’un orchestre symphonique. L’arrangeur Ian Gardiner explique ainsi : « L’important était d’écrire une musique pour l’orchestre qui laisse de la place pour que les musiciens maliens puissent parler par-dessus tout. » Cet exercice très minutieux a ainsi permis à Toumani Diabaté d’apporter ses propres ajustements aux arrangements, afin de sublimer cette oeuvre par les improvisations de son groupe, réunissant plusieurs musiciens issus de célèbres familles de griots maliens, à l’instar de Lassana Diabaté, de Fanta Mady Kouyaté, de Fode Kouyaté ou encore de Ganda Tounkara. La voix de Kasse Mady Diabaté, malheureusement décédé en 2018, y a même été invitée et, telle celle d’un ancêtre, se rappelle aux vivants dans Korolen.

Source: PAM


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