Cap sur le Mali. En 2006, France Inter distingue le nouveau film du cinéaste Abderrahmane Sissako intitulé Bamako

La scène d’ouverture se déroule dans un tribunal improvisé au sein de la cour d’une maison ocre de Bamako. D’une cour à l’autre pour dire que ce tribunal un peu particulier siège au milieu de la ville et de la vie quotidienne et non dans un Palais à l’écart. Mais tous sont bien là en plein air : le président et ses assesseurs en toge, les avocats dans leur robe noire, les parties civiles et l’auditoire. On y fait tout bonnement le procès du FMI, le Fonds Monétaire international accusé  de paupériser la plupart des pays d’Afrique subsaharienne.

Procès imaginaire, fictif évidemment. Et comment pourrait-il en être autrement ? Qui oserait s’attaquer à ces organismes internationaux qui font de l’orthodoxie économique et libérale leur règle d’airain ? Mais à quoi sert le cinéma s’il est désarmé ? Sissako avec les moyens du bord cinématographique fait comme si, avec de vrais témoins qui exposent sans détour la misère, l’exploitation des hommes et le pillage organisé des richesses. Avec de vraies plaidoiries argumentées également comme celle de cette avocate qui voudrait bien tordre le cou à cette dette qui tue plus surement que n’importe quelle maladie.

Plus tard, l’un de ses confrères réclamera avec panache contre la Banque mondiale des travaux d’intérêt général à perpétuité. Ce pourrait être une farce, si les enjeux n’étaient pas aussi graves. On reste sidéré devant l’avalanche des faits  et leur gravité. En choisissant la forme du film de procès qui est un genre cinématographique à lui tout seul, Sissako fait le pari réussi de nous intéresser à des questions d’ordre économique  parfois complexes. Et les témoignages concrets finissent par tout emporter.

Pendant ce temps-là, semble nous dire le cinéaste, la vie elle-même continue : parallèlement au procès, il nous montre la préparation d’un mariage ou le désespoir d’un enfant malade. Le quotidien est là qui nous ramène aux réalités les plus prosaïques. Nous n’avons rien vu à Bamako, sauf peut-être le songe d’une conscience qui se révèlerait… Pour accompagner son film, Sissako a choisi  un magnifique morceau  intitulé A l’ombre, écrit à quatre mains par le Malien et joueur de kora Ballaké Sissoko et l’Italien et pianiste Ludovico Einaudi.

Source: France Inter


Commentaire