• Ballaké Sissoko invite Sona Jobarteh pour un instant de grâce

    Auteur : Boubacar Camara | février 23, 2021 | 138 views

L’immense Ballaké Sissoko invite Sona Jobarteh, artiste koraïste gambienne, sur « Djourou », extrait de son nouvel album éponyme à paraître en avril prochain. Un moment de grâce d’une douceur infinie.

Musicien éminemment respecté, ambassadeur de la kora depuis plus de 40 ans, Ballaké Sissoko est adepte des longues méditations solitaires à la kora, tout autant que de l’art de la conversation musicale. Que ce soit avec son homologue Toumani Diabaté, en duo avec le pianiste Ludovico Einaudi ou encore aux côtés du violoncelliste Vincent Segal avec lequel il signa deux albums somptueux (Chamber Music puis Musiques de Nuit chez No Format!)… Ballaké Sissoko — dont l’écoute est la plus grande des qualités — aime partager son art avec les autres et c’est précisément le principe directeur de son prochain album, Djourou. « Djourou, explique-t-il, c’est la corde, celle qui me relie aux autres. »

Après avoir publié un premier single extrait de l’album où le virtuose malien dialoguait avec le rappeur Oxmo Puccino, le label No Format! dévoile aujourd’hui un nouveau titre, celui-là même qui donne son titre au projet. Ballaké y invite Sona Jobarteh, musicienne et chanteuse gambienne qui a réussi — et c’est rare — à se faire une place dans l’univers aussi masculin que fermé des joueurs de kora. Issue d’une lignée de griots d’Afrique de l’Ouest, lointaine parente du grand Toumani Diabaté dont elle partage le nom (Jobarteh = Diabaté), Sona est très inspirée par son grand-père, qui a quitté le Mali pour s’installer en Gambie. Elle partage aussi de nombreuses connexions avec les aïeux de Ballaké, qui, en quittant la Gambie pour le Mali, ont fait le chemin inverse. Il faut dire que depuis l’établissement de l’Empire du Mali qui embrassait ces deux territoires, les djeli (griots) ont toujours ignoré les frontières et maintenu en vie leurs liens, et un merveilleux patrim

Sona Jobarteh est à sa manière une exception : contrairement à beaucoup d’enfants de sa génération ayant grandi en Europe, elle a choisi d’explorer à fond la musique traditionnelle plutôt que de tenter de la fusionner avec des genres plus contemporains, à l’instar du hip-hop, du jazz ou du rock. Ayant grandi auprès de son grand-père et de son père, qui jouaient de la kora, son frère lui a appris à jouer de cet instrument dès ses quatre ans. Maîtrisant également le violoncelle et la harpe qu’elle a étudiés au conservatoire, c’est à l’adolescence qu’elle décide de se concentrer sur la kora : « J’ai commencé à travailler très dur vers l’âge de 17 ou 18 ans, en étudiant avec mon père l’ancien répertoire qu’il maîtrise parfaitement. C’est alors que j’ai véritablement commencé mon parcours de koraïste. Mais, comme je l’ai dit, l’instrument était dans mes mains bien avant que je ne prenne la décision consciente de m’y consacrer. » Et la Gambienne de préciser : « Il y a quelque chose de très spécial avec cet instrument, qui a un pouvoir puissant grâce au son des cordes et à la manière dont il est construit. Cela a un effet sur les gens, sans aucun doute, du fait des énergies particulières que l’instrument dégage. »

Sona était à la fois ravie et intimidée de se retrouver en studio avec cet « oncle » si savant et admiré : « Tu grandis en écoutant quelqu’un et cette même personne, de plusieurs façons, a été ton professeur et une source d’inspiration très importante pour toi, dès le plus jeune âge. Donc être assise, juste assise à côté de lui, sans même jouer, était quelque chose de fou pour moi. Je faisais semblant que tout allait bien. Je devais me vider l’esprit et rester concentrée. » Habituée à travailler avec acharnement ses productions, elle a été bluffée par la liberté de Ballaké, qui n’aime rien de plus que de saisir la magie et la beauté de l’instant présent, pour la mettre sur disque, comme le plus beau des témoignages, celui d’une rencontre harmonieuse avec les artistes qu’il a invités.

L’album Djourou illustre parfaitement le lien qu’entretient Ballaké avec son instrument : personnel et intime, tout en demeurant toujours lié aux autres, puisqu’il réunit des pièces où le musicien, seul, dialogue avec sa kora, et d’autres où il se plaît à la faire converser avec des artistes venus d’autres horizons, toujours avec la même justesse.

Djourou est attendu pour le 9 avril via No Format

Source: PAM


Commentaire