• Au Mali, un laboratoire à la pointe de la recherche sur le paludisme

    Auteur : admin | juin 10, 2020 | 53 views

L’Afrique apporte sa pierre à la science (5). Créé en 1992, le Malaria Research and Training Center doit beaucoup au professeur Ogobara Doumbo, décédé il y a deux ans.

Posée sur le clavier de l’ordinateur, une feuille de papier jaunit doucement. « Ogo », le signataire, y plaide pour que sa participation à un colloque international prévu en mai 2018 soit rebaptisée « Elimination du paludisme d’ici à 2030 : défis et opportunités ». Ogo, c’est Ogobara Doumbo, une figure internationale de la lutte contre la maladie. Mais le chercheur malien, mort le 9 juin 2018 à Marseille, n’a pas assisté à ce rendez-vous mondial.

Deux ans après son décès brutal, l’âme de celui qu’on appelle encore « le maître » au sein du Malaria Research and Training Center (MRTC), à Bamako, continue d’habiter les murs de ce haut lieu de la lutte contre la malaria, où 150 chercheurs se battent chaque jour contre ce fléau mondial. Prenant toute la mesure de ce centre d’exception, Dinkorma Ouologuem, docteure en biologie cellulaire formée à Philadelphie avant de rentrer au Mali pour y travailler, affirme que « les pays du Nord sont devenus dépendants des recherches du MRTC ».

Preuve de la légitimité du lieu, la revue Science a publié en août 2019 une étude du laboratoire malien sur « les génomes du parasite dans quinze pays africains, qui a permis de localiser leurs provenances et les stratégies de lutte », développe Abdoulaye Djimdé, son directeur.

Recherche d’un médicament efficace

La pluie battante contre les carreaux des bureaux annonce le retour des moustiques. Avec plus de 200 millions de cas de paludisme enregistrés chaque année, l’Afrique est le continent le plus touché par le parasite. Un vivier évident pour la recherche, donc, sur lequel les chercheurs africains veulent avoir la mainmise « pour façonner les politiques en la matière », lance Abdoulaye Djimdé. Ce qui a été le cas en 2006, lorsque ce dernier a démontré à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la résistance du paludisme à la chloroquine.

Le MRTC étudie aujourd’hui la résistance de l’être humain au parasite pour développer un vaccin ou, tout du moins, un médicament efficace. En raison de la présence de différents spécialistes au sein du laboratoire, « je peux aller voir mon collègue dans le bureau d’à côté plutôt que de mobiliser des ressources extérieures », observe Dinkorma Ouologuem. Et lorsqu’un thème de recherche discuté en interne vaut la peine d’être approfondi sur la base d’observations locales, « on étend la discussion aux pays frontaliers avant de l’exporter à l’international », détaille-t-elle.

Créé en 1992, le MRTC est l’initiative d’un parasitologue marseillais, Philippe Ranque, décédé en 2006. D’emblée, « il avait repéré Ogobara Doumbo, brillant étudiant, pour le former à la parasitologie et prendre sa succession au sein du Département d’épidémiologie des affections parasitaires », raconte son fils, Stéphane Ranque, lui aussi parasitologue à l’université d’Aix-Marseille, qui partagea durant cinq ans un appartement avec « Ogo » pendant leurs études dans la cité phocéenne, à la fin des années 1980.

Développement de partenariats

Dès son retour au Mali, l’un des pays les plus pauvres au monde, Ogobara Doumbo mit tout en œuvre, épaulé par l’entomologiste Yéya Touré, pour hisser la recherche locale aux normes internationales et autonomiser ses équipes. Sa formule est simple : développer le plus de partenariats possible avec les universités étrangères pour faire rayonner les étudiants au-delà des frontières maliennes en échange d’une promesse de retour. Très vite, un noyau dur de chercheurs prend son envol à force de « mouiller le maillot », raconte le professeur Abdoulaye Djimdé.

C’est à ce moment-là que les Américains du National Institute for Health s’intéressent au MRTC. « Ils se penchaient sur la modification génétique des moustiques, un programme toujours en cours actuellement », explique le directeur. Mais Ogobara Doumbo refusait qu’on lui commande des études à mener. « Il ne voulait pas que le MRTC soit traité comme un prestataire de service, mais comme un collaborateur », se souvient Stéphane Ranque. C’est désormais chose faite. « Et l’objectif, maintenant, est de trouver un médicament efficace avant mon départ à la retraite », sourit Abdoulaye Djimdé.

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